Entre la forêt, le ruisseau et une frontière qui a bougé plusieurs fois, Waldweistroff a traversé les changements de souveraineté, deux guerres et la fin d’un monde rural. Les photographies rassemblées par les habitants, les archives de la commune et les souvenirs recueillis auprès des anciens permettent d’en suivre les grandes étapes.

Le village vers 1910. Devant l’église, le lavoir et l’abreuvoir, détruits en 1945 ; à droite, le moulin à huile.
Waldweistroff en quelques dates
1256
Première forme écrite connue du nom : Wicetorf. Suivront Weistorff en 1527, Wistorff en 1594, Veistroff en 1722, puis Waldweistroff à partir de 1779.
1783
L’église du village, jusque-là annexe de la paroisse de Neunkirchen, obtient un vicaire résident. L’évêque de Trèves érige ensuite le vicariat en paroisse.
1842
Le 20 juin, pose de la première pierre de l’église Saint-Hubert, financée par la vente de coupes de bois communales autorisée deux ans plus tôt.
1843
Le 5 août, quatorze mois plus tard, Monseigneur Dupont des Loges, évêque de Metz, bénit la nouvelle église.
1871
Après la guerre de 1870, le traité de Francfort du 10 mai 1871 place la Moselle sous administration allemande. Le village est alors orthographié Waldweisdorf.
1906
Le clocher brûle entièrement. Il tombe devant le bâtiment et non dans l’église ; les cloches éclatent, l’horloge est écrasée.
1918
La Moselle redevient française.
1937
Le 26 septembre, inauguration de la grotte de Lourdes, alors à deux cents mètres de l’entrée du village.
1939
Le 1er septembre à seize heures, le garde champêtre annonce à la cloche l’ordre d’évacuer avant minuit. Les habitants gagnent la gare d’Hagondange, puis le département de la Vienne.
1945
Le village sort de la guerre abîmé : l’église a perdu sa flèche, le lavoir et l’abreuvoir sont détruits.
1946
Les enfants de l’école assistent à la remise en place de la croix au sommet de l’église.
1953
Le 15 février, deux nouvelles cloches sont bénies ; les jeunes gens du village en sont les parrains et les jeunes filles les marraines.
Le nom du village et ses origines
Le nom se lit dans sa terminaison germanique : weise, la prairie, et dorf, le village ; le wald de la forêt s’y est ajouté après le XIIIe siècle. C’est un nom de clairière, et la forêt n’a jamais cessé d’être la ressource principale de la commune.
Ce que le village raconte de ses origines les plus lointaines appartient à sa mémoire : des traces gauloises et romaines, une épidémie de peste après laquelle les maisons auraient été incendiées et le village rebâti plus loin, les seigneurs qui se sont disputé la forêt. Ces récits sont rassemblés dans la page qui leur est consacrée.
Une commune de frontière
Après la guerre de 1870, le traité de Francfort du 10 mai 1871 place cette partie de la Moselle sous administration allemande, et elle y reste jusqu’en 1918. Une seconde annexion suit, de 1940 à 1944.
Cette histoire explique que les archives du village se cherchent sous deux noms : Waldweistroff, et Waldweisdorf pour la période allemande. Elle explique aussi la ligne de chemin de fer construite entre 1909 et 1917 pour relier Bettelainville à Merzig, qui desservit le village jusqu’en 1959.
L’église Saint-Hubert
Le 5 février 1953, les pompiers et le curé reçoivent les nouvelles cloches en gare de Waldweistroff.
Devenue trop petite, l’ancienne église est remplacée au XIXe siècle : première pierre le 20 juin 1842, bénédiction le 5 août 1843. Son clocher, ses cloches et son décor portent ensuite la marque de tout ce que le siècle suivant lui a fait subir : l’incendie de 1906, les réquisitions de 1917 et de 1944, les dégâts de 1945, et trois campagnes de cloches neuves.

La vie du village
À gauche l’ancienne poste, à droite la boulangerie Majérus.
Un moulin, un moulin à huile, un lavoir, un abreuvoir, et une quantité de petits métiers : cordonniers, tailleurs, boulangers, bouchers, tanneurs, merciers, un teinturier, une quincaillerie, plus tard une pompe à essence. Les cafés et l’auberge tenaient le reste de la vie sociale.
Le village vivait bien, et cela se voyait : les alentours l’avaient surnommé die Stehkragenbauern, les paysans en faux-col, parce que ses habitants allaient à Bouzonville ou à Sierck en tenue faite chez l’un de ses tailleurs.

Les guerres et la reconstruction
Après la guerre, l’église avait perdu la flèche de son clocher.
Le 1er septembre 1939, le village entier est évacué vers le département de la Vienne, à Saint-Gervais-les-Trois-Clochers, dont le nom est resté sur une place de la commune. Les photographies de 1940 montrent des soldats français logés dans les maisons ; celles de 1945, une église sans flèche et des bâtiments voisins éventrés. Dès 1946, les écoliers assistent à la remise en place de la croix.

La mémoire du village
Classe mixte des grands, en 1950.
L’école, les pompiers, le théâtre, les clubs : la mémoire du village tient autant dans ses photographies de groupe que dans ses monuments. Chaque cliché est légendé, et beaucoup portent les noms, rang par rang.
L’atlas de la mémoire pose ces photographies sur la carte du village, à l’endroit où elles ont été prises, et les regroupe d’elles-mêmes lorsqu’elles viennent du même endroit.

Waldweistroff aujourd’hui
La commune comptait 381 habitants en 1968, 437 en 1982, 411 en 1999, 492 en 2012 et 522 en 2023. Après un long creux, le village a retrouvé puis dépassé la population qu’il avait au début du XXe siècle.
| Année | Habitants |
|---|---|
| 1800 | 238 |
| 1806 | 478 |
| 1821 | 857 |
| 1836 | 903 |
| 1841 | 853 |
| 1861 | 612 |
| 1866 | 590 |
| 1871 | 573 |
| 1875 | 570 |
| 1880 | 532 |
| 1885 | 499 |
| 1890 | 490 |
| 1895 | 459 |
| 1900 | 452 |
| 1905 | 438 |
| 1910 | 469 |
| 1921 | 445 |
| 1926 | 449 |
| 1931 | 450 |
| 1936 | 430 |
| 1946 | 390 |
| 1954 | 372 |
| 1962 | 378 |
| 1968 | 381 |
| 1975 | 402 |
| 1982 | 437 |
| 1990 | 405 |
| 1999 | 411 |
| 2007 | 406 |
| 2012 | 492 |
| 2017 | 494 |
| 2023 | 522 |
Pour aller plus loin
Les Archives départementales de la Moselle conservent l’état civil, les tables décennales et le cadastre ancien, et leurs registres sont consultables en ligne. Pour Waldweistroff, deux repères : avant 1785, la paroisse dépendait de Neunkirchen, et les registres se cherchent sous Neunkirchen-lès-Bouzonville ; entre 1871 et 1918, le village est enregistré sous le nom de Waldweisdorf. Les tables décennales permettent de retrouver la date d’un acte sans feuilleter le registre entier.
Les Archives départementales de la Moselle
Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, donne accès au Dictionnaire topographique de l’ancien département de la Moselle d’Ernest de Bouteiller (1874), où se vérifient les formes anciennes du nom du village.
Le dictionnaire de Bouteiller sur Gallica
Si vous possédez des photographies anciennes du village, la commune est preneuse : elles complètent l’atlas de la mémoire.